PERVERS NARCISSIQUES ?

Le terme de pervers narcissique est devenu courant. Lors des séparations qui se passent mal, ou du moins fait souffrir l’une des deux parties, il est fréquent que le conjoint en souffrant accuse l’autre d’être un pervers narcissique.

Les articles sur le sujet sont légion, les émissions également.

Le terme a même son acronyme : les PN.
Serait-il possible que toutes ces personnes qui disent avoir eu à faire à un pervers narcissique soient dans le vrai ? Y a t-il tant de pervers narcissiques dans la société?
En réalité, il semblerait que le terme ait été très largement galvaudé.
Les pervers narcissiques, s’ils existent bel et bien, ne représentent qu’une part infime de la population.
Il existe des pervers, des personnes narcissiques, et des pervers narcissiques. Il y a également des personnes qui souffrent et qui projettent sur l’autre leur souffrance.

Déjà, qu’est ce qu’un pervers?
Un pervers est une personne dont les comportements dévient de la norme. Il peut s’agir de comportements sexuels ou moraux.
La perversion narcissique fait partie de ce que l’on appelle les perversions morales.
La vie morale, c’est accepter qu’il existe un autre, différent de moi, vis à vis duquel j’ai des devoirs.
La perversion étant une déviation, la perversion morale, dans son versant pathologique, désigne un comportement où la jouissance repose sur la souffrance, l’humiliation, l’instrumentalisation de l’autre. Et où faire souffrir l’autre est l’unique mode de jouissance possible.
S’il trompe l’autre, c’est que le pervers éprouve un fort sentiment de mépris, y compris envers lui-même, car il est trop loin de son idéal. Le pervers rejettera toujours la faute sur l’autre, retournant la situation, créant chez sa victime un sentiment de malaise car c’est elle qui va culpabiliser. Ainsi, il se libère de ses tourments intérieurs.
Il va tirer sa jouissance du fait d’angoisser l’autre. La jouissance sexuelle viendra, au final, pour maîtriser l’objet, le contrôler mais ce qui l’intéresse, c’est que l’autre lui renvoie une image positive de lui, quitte à le duper.

La perversion narcissique
Ce qui fait la particularité de la perversion narcissique, parmi les perversions morales, c’est la dimension… narcissique.
Les pathologies du narcissisme décrivent un besoin d’être aimé et admiré. Le PN est dans l’illusion de la toute-puissance : le monde tourne et doit tourner autour de lui. Il peut tout se permettre car rien, dans son enfance, n’est venu formaliser l’interdit ni permettre son intégration. La vie lui apporte peu de plaisir en dehors des louanges qu’il reçoit ou de sa folie des grandeurs.
Ayant une grande faille narcissique, il va chercher, chez l’autre, tout ce qui pourra le nourrir (libido, identité, personnalité, subjectivité…) et seule la dévalorisation d’autrui semble le réconforter dans sa valeur.
De plus, il ne supporte pas de dépendre de l’autre. Il va donc chercher à créer ce sentiment de dépendance chez l’autre et va déployer tout un arsenal en ce sens.
En effet, la pervers sera d’abord, vis à vis de sa victime, dans une phase de séduction : il sera irréprochable, présentera de grandes qualités morales, et sa victime sera fière de le fréquenter. Dépourvu d’humanité et d’affects, il sait singer les sentiments humains et même l’empathie.
Il cherchera ensuite à se rendre indispensable auprès de sa victime, qui va rechercher sa compagnie.
Viendra enfin la phase de destructivité. La perversion narcissique relève plus de la parole que de l’acte : le PN va disqualifier les gestes, paroles, émotions… de sa victime et essayer de semer la confusion dans ses pensées et ses émotions. Il dépose un sentiment insupportable chez sa victime et en même temps cherche à absorber les qualités qui lui plaisaient.
Et si le PN cherche à absorber la personnalité et le narcissisme de l’autre, c’est que dans son enfance, il n’a pas été reconnu dans sa personnalité propre. Adulte, c’est une personnalité inachevée, qui a besoin de l’autre pour le compléter, dans une confusion entre lui et l’autre. Cet état prend sa source dans la toute petite enfance, au moment où rien ne vient mettre fin à la fusion -toute naturelle après la naissance de l’enfant- entre la mère et le nourrisson. Ainsi le nourrisson puis l’enfant ne sait pas faire la différence entre son narcissisme et celui de sa mère et cherchera à l’âge adulte à se compléter.
Haine de l’autre, instrumentalisation de sa victime, absence de culpabilité, illusion de toute-puissance, importante faille narcissique
Et si la personne soupçonnée d’être un pervers narcissique ne possède pas l’une de ces caractéristiques, alors c’est qu’elle est peut-être … autre chose… Et tant mieux ! Les PN ont un énorme pouvoir de destructivité, leurs victimes mettent souvent plusieurs années à se remettre de leur fréquentation. Mais ces caractéristiques, toutes ensembles, se retrouvent rarement chez la même personne. Par contre, l’une ou l’autre se trouve en chacun de nous, sans que cela n’amène de comportement pathologique.
Souvenez-vous… Ne vous est-il jamais arrivé, rentrant du travail, après une mauvaise journée, des mauvais résultats, des remontrances de votre supérieur hiérarchique, après avoir passé le trajet coincé dans les embouteillages, ne vous est-il jamais arrivé de vous « lâcher » sur votre conjoint, de vous énerver contre lui parce que voilà, il était là, il était bien et que le voir se sentir mal vous a permis d’aller mieux ?
C’est un comportement fréquent, où l’autre va servir de défouloir. Un objet que l’on va utiliser pour se sentir mieux. C’est un comportement pervers, et tout le monde a eu, un jour ou l’autre, ce type de comportement. La différence avec le pervers, c’est la culpabilité. Le pervers ne culpabilisera pas. Et un pervers narcissique ne culpabilisera pas, en tirera de la jouissance et se valorisera à travers cette situation en même temps qu’il rabaissera son partenaire.

Mais l’important n’est peut-être pas tant de savoir si cet autre était un pervers narcissique ou pas. L’important, c’est peut-être comprendre en quoi cette personne -qu’elle soit PN ou non- nous a attiré, pourquoi nous avons vécu cette relation alors qu’elle nous faisait souffrir ; c’est aussi apprendre à mieux nous connaitre, à mieux comprendre notre histoire et surtout à rompre ces schémas répétitifs qui nous amènent à vivre ces relations toxiques.